Une belle histoire
Daniel Plainview est un homme qui raconte des histoires. Où qu’il aille, il parle une langue droite qui voit loin, au-delà des négociations, des chantiers, et des hommes. Il voit l’histoire des terres qu’il vient conquérir, et qu’il emporte loin sur le chemin du progrés.
Le plus troublant est que tout le monde l’écoute parler haut et fort, croit ou veut croire à son discours, et se laisse endormir. Ils ne répondent pas. La preuve, il n’y a pas de contrechamp. Ils ne comptent pas. L’histoire s’imposent à eux, sans qu’ils aient même à acquiescer. La question c’est : à quoi croient-ils ? A Dieu ? A l’argent ? Ils veulent survivre, c’est tout. Il n’ont ni mots, ni de visages. Ils suivent, c’est tout. Ils regardent jouer et exister ceux qui jouent, ce qui se joue. Le sang, c’est eux. Ils ne purifient pas, ils sanctifient ceux dont ils font la fortune.
Derrière les idées qu’on se fait, il y a l’histoire qui souffle et fait tout avancer. Elle jongle avec les masques, qui rient et grimacent. Elle gronde d’un bruit sourd qu’on perçoit dés le début, sous terre ou dans l’air. Manière d’avertir que quelque chose se cache et va surgir. Le film entier est parcouru d’ombres, des personnages passent qu’on perd de vue l’espace d’un traveling, une part du champ nous échappe. Et l’on croit à juste titre que cette part cache quelque chose.
Les ombres participent de l’histoire. Elles font croire à des choses qui n’existent pas, pour mieux détourner de l’essentiel qui se tient sous les yeux. Le sacrifice de tous au progrès. D’où cette tristesse si fragile qu’on perçoit tout au long du film, qui annonce et suit la violence, la rend moins tragique et plus douce.
Je songe à La porte du Paradis, à cette cigarette fumée sur un bateau. A ces situations extrêmes au terme desquelles on se dit que rien ne sera plus comme avant.
Le progrès du pionnier, c’est l’amputation.


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