
© Frederic delangle
Cette image m’évoque trés directement certains plans de 3 singes, ce film sur lequel je ne cesserai de revenir je pense, durant les prochains mois.
Prise entre la ville et l’eau, au bord de la voie ferrée, la barre d’immeuble choisie par Ceylan est symptomatique de l’état dans lequel constamment on retrouve les personnages. Un état précaire, caractérisé par la possibilité de changer brutalement. Au bord du gouffre, prêts à devenir quelqu’un autre, les personnages - pourtant - restent droits. Dans le même temps, le paysage imprime un vertige qui frappe l’oeil et l’aspire en quelque sorte. Il est à lui seul ce qui fait basculer les vies.
Sans doute l’un des films les plus simples, spontanés et joussifs de la compétition des courts-métrages. On s’attendait à un truc beau et malin, on a une image fraîche et crue, un montage hyper cut, un rythme frénétique.
Le court Islandais Two Birds de Runar Runarsson frappe par sa grande subtilité de son scénario, et l’extrême beauté de ses personnages qui paraissent frappés par une sorte de grâce d’autant plus touchante qu’elle a pour contrepoint des scène d’une violence simple et dure.
On ne parle pas des autres, et surtout pas du Mélanie Laurent, indigne.
Sans doute la palme ira-t-elle à 2 birds, il ne pourrait en être autrement !

Charlie aime les figures de style, aprés les mises en abîme, il s’essaye donc à la synecdoque. On assiste donc à la mise en place d’une petite matrice, un petit monde selon Garp, mais qui peu a peu s’appauvrit et tourne en rond. C’est drôle, malin, et rempli de tristesse. C’est toujours difficile, pour moi en tout cas, de ne pas totalement aimer un film triste. Des films comme ceux de Tennebaum, au encore comme ceux de Miranda July. Celui-ci évoque la mélancolie douce de Punch Drunk love, la BO est d’ailleurs signée par le même compositeur. Bref, film qui a tout pour lui, dur sur le fond, mais qui passe rapidement sur les choses qui fâchent en les multipliant, pour créer plus de tension et de complexité. L’auteur fait mine d’affronter les vérités, mais il les chasse comme des fantômes, et ne fait que déprécier celà-même qu’il prétend mettre en exergue.
Petite machine qui tourne a blanc et fait son beurre avec la misère d’un homme sans qualité.
Grand film dont on ne prend la mesure qu’à partir du moment où l’histoire s’emballe, à force d’aller toujours plus loin, de trouver dans la dérive son meilleur allié.
Machine qui rend épique la misère occidentale, ses figures et ses motifs, en en faisant des tropes. C’est-à-dire en les tordant dans tous les sens possibles et imaginables. Pour qu’il en sorte une sorte de monstre effroyable et absurde.

Il faut du temps pour digérer un tel film, plus complexe et ambitieux que Les climats. Une chose est sûre, il ne fait d’ores et déjà aucun doute pour moi que ce film aura la palme d’or. Non pas parce qu’il est bien ou mieux que les autres, mais parce qu’il est sans commune mesure avec eux.

Il Divo revient sur la vie politique et pourtant si secrète de Giulio Andreotti. Figure incontournable du paysage politique italien pendant plus de 40 ans, il incarne à la fois la continuité du pouvoir démocrate-chrétien, les attentats politiques et les arrangements avec la mafia, bref toutes les affaires qui ont éclatée durant les années 90 et qui pendant des décennies furent passées sous silence.
Sorrentino en fait d’emblée une caricature, comme pour mieux éviter l’écueil du film historique classique (voir à ce propos Sanguepazzo de Marco Tullio Giordana, présenté hors-compétition). Le film entier ne cesse d’ajouter des masques au personnage, de la tendresse et de la gravité, de la malice et du secret. Loin de s’appuyer seulement sur un scénario dynamique et subtile, le film a l’audace de dépasser le procès fait à l’homme, pour s’intéresser aux mobiles de ses actions. Par delà le bien et le mal, la défense ou la réprobation, c’est toute la logique des crimes qui est disséquée sans même qu’on s’en rende compte, les amitiés et leur aspect nécessairement ambivalent. Mais le plus magistral sans doute, reste cette capacité qu’a Sorrentino de filmer Andreotti comme un animal politique, et de donner une égale importance au corps physique et au statut symbolique. L’homme d’Etat est avant tout un homme d’intérieur, un peu comme Hitler ou Hiro Hito l’était dans Moloch et Le Soleil. D’où des figures à la fois burlesques et inquiétantes, qui rejouent le hiatus de l’humanité inhumaine. Grand motif artistique du XXéme siècle.
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