Archive pour la catégorie ‘Cinéma choc’

Films appliqués

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Cette semaine, j’ai vu SONG, d’Antoine Barraud. Je n’ai pas vu ses précédents courts-métrages, et je dois dire que je ne m’en porte pas plus mal. Il paraît qu’ils font peur, or je suis peureux.

Dans ce film plus ou moins improvisé, Antoine Barraud ne se met pas en scène, mais se livre plus simplement à son propre regard. Il devient - sous sa caméra - l’objet central du film. Il paraît là, souvent en plan moyen ou serré, le visage impassible, teinté de rêverie ou de tristesse. Il est ailleurs et il est là. Comme Lu Yi Ching, qui l’accompagne. La musique intérieure renvoie au mystère de la présence, qui tient à quelque chose qu’on ne peut ni voir ni attraper.

Si je parle de film “appliqué”, c’est d’abord parce qu’en appliquant le film à lui-même, Barraud se confond avec une autre image de lui, en chantier perpétuel tout au long du film. Une image en devenir. Il s’applique à se confondre avec un double à la fois imaginaire et pas imaginaire, à brouiller les pistes, et plonger en lui à travers le film.

Film appliqué aussi parce que l’application parfois peine à dissimuler la schyse. A cause du dispositif, ou peut-être de la complaisance qu’on perçoit par moments. Mais complaisance, au sens propre du mot : désir de faire plaisir, de se faire plaisir. Les films appliqués, en un sens, sont nécessairement complaisants, puisqu’ils impliquent un mal pour un bien, et que leur finalité est bien, au-delà des péripéties du corps et de l’âme, que l’âme s’apaise et le plaisir - même simple - triomphe. Tout l’enjeu est de faire en sorte que ce plaisir soit partagé. Qu’il parle.

Meg Chan, réalisé par Takako Yabuki et projeté en janvier dernier à la SCAM est aussi un film appliqué. Takako se livre directement et indirectement à une série de performances. Elle se prend comme objet, un matériau brut et brutal qui dissone avec son contexte.

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Il est logique que ces films comportent une part de brutalité, car l’application le requiert. On ne superpose pas ainsi deux images de soi-même sans imposer l’une à l’autre. Ces films ne sont pas des films d’ego, mais font plutôt planer au-dessus de l’ego un point d’interrogation. Ils sont le doute en exercice, des temps d’attentes, des instants violents, des fulgurances heureuses. Ils sont un état de grâce, tout autant qu’un état de crise.

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La vengeance dans la peau

Je devais bien voir cette année un film médiocre au cinéma. C’est arrivé ce soir, et je ne pensais pas qu’il le serait à ce point. Je n’y suis allé, je l’avoue, que pour confirmer une opinion que je m’étais faite a priori, sur la base du souvenir que j’avais de l’épisode 2. Je n’ai pas été déçu : j’ai vu et vécu strictement la même chose. Une succession de plans invisibles, d’images clignotantes, floues ou transparentes, des violons à n’en plus pouvoir qui rythment à bout de souffle des scènes sans fin. Un cauchemar. Je n’ai rien vu au MK2 Odéon. D’où un ennui profond. Mais sans remords. Il faut bien se taper ce genre de film parfois, pour prendre la mesure du mal qui ronge un certain cinéma, et qui gagne parmi nous, la frange la plus hébétée et aveugle des spectateurs. La frange choquée, diminuée, entamée. La frange perdue.

Ce film n’est pas violent parce que tout en lui tremble et crie, mais parce qu’il agresse l’oeil et le fatigue, parce qu’il nous gave de plans sans corps ni âme. Et nous en sortons las, légèrement ennuyés et usés. Tristes un peu, d’avoir tant pris dans la tête, et payé le prix d’une soirée pour finalement aussi peu.