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Fred

 Fred

De temps à autre une image, une voix ramène directement en arrière à un film particulier. Fred renvoie pour moi directement à Gummo, il en est pour ainsi dire l’actualisation et le prolongement sur Internet. Déformation des genres (teenage boy un peu queer sur les bords), vidéos cheaps tournées dans le backyards au fin fond du Nebraska, voix aigue et incessante qui irrite autant qu’elle inquiéte, petite musique de générique creepy et freaky - tout est là. Gummo en live, tous les jeudi, c’est ici.

Revanche, by Götz Spielmann

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At first glance, Revanche has a taste of déjà vu. It clearly recalls of the German and Austrian films that have appeared in the last few years, and have been noticed in many festivals. Summer 04 by Stefan Krohmer, Ping Pong by Matthias Luthardt and Windows on Monday (Montag kommen die Fenster) by Ulrich Köhler  already depicted in a subtle and yet intense way bourgeois dramas happening in the countryside, triggered by a stranger coming out of nowhere, often a low-class profile, more or less wild, always dangerous. The recipe was simple : a few underacting bodies, some rare and well written dialogues, a cold photography that favors wide shots and emptiness.

The story goes like this. Alex dates Tamara. They both work at a brothel. At some point, they have to escape. They need cash, Alex robs a bank, an accident occurs, Tamara is left Dead. Then, Alex visits his father in the countryside, right outside the city where the event occurred. It turns out the neighbors are a couple, the husband is the cop who killed Tamara. Alex starts to date his elegant wife. During the last half of the film, one can feel tension along the scenes, Alex brings it with him, refusing to say a word, confronting his own ghosts. Death is all the minds, and yet Alex makes love to the cop’s wife, giving life without even realizing it. This film is all about making paradoxical situation obvious. Death seems to call another death, but eventually this conflict turns out to give birth to life, almost accidently. Sometimes, a form of humanism can be found in paradoxical scenes that make mysteriously and still immediately sense. So immediately that it feels like a small epiphany. The key scene of the film is emblematic in this regard. Alex and the cop have a talk for the first time on a bench, in front of a lake. A few words are exchanged, nothing is said directly but at this very moment the all story resolves itself. Everything relies in how things are said, in a quiet and sincere way. Moral pain is all over, it is shared intimately at such a point that it has to go out. It has to disappear, with all the ghosts that come with it.

Epiphany has always to do to some extent with life, and from times to times, it occurs when life and death are confronted. Ingrid Bergman on the Stromboli awakes on the top of the vulcano, and it’s a new beginning, a renaissance. I like the way these German and Austrian countryside’s dramas revisits this notion, in quite a homogeneous way. In the case of Revanche, the lake has an interesting place. It is where the film starts and ends, where the gun is thrown. Funny how this nature comes back so often in those countryside’s dramas: quiet and wild, it doesn’t say a thing and at the same time it’s overwhelming, at least in one or two key scenes. There is a romantic touch to those films, something that stress the fate of chance and the beauty of life. Beyond the cold pictures and the almost unanimated bodies, something still exists and shakes, in spite of the pain, in spite of the doubts. In those films, epiphany in not about re-existing anymore, or even existing more – it is about saving what can be saved, and finding rest eventually.

Looking for more infos on Montag kommen die Fenster, I found this video. I remembered how beautiful this film was. You should definitely watch this scene.

The Hurt Locker, de Kathryn Bigelow

The Hurt Locker n’est pas un film de guerre. C’est autre chose. Un jeu à la vie à la mort, dans une sorte de grand cirque, avec du soleil, de la poussière, des gros tanks et des bombes qui explosent tranquillement. On va d’une scène à l’autre, à chaque nouveau pétard le souffle qui se suspend, et puis ce silence qui suit, de soulagement ou d’horreur, finalement la même stupeur sourde. Kathryn Bigelow rend compte d’une réalité altérée, faite de plans flous, embarqués, décadrés. On n’est ni chez Fox News, ni dans le Shoot’m up, l’image est plus épaisse encore, multiple et en même temps virtuose. C’est là qu’elle est bluffante Kathryn Bigelow. A force de varier les plaisirs, de jongler avec les plans à géométrie variable, de jouer avec le zooms et en même temps les flous, d’oser les plans à appréhension décalée, elle multiplie les dimensions de l’espace et de l’action, elle agrandit la guerre, alors même qu’elle n’en filme que quelques acteurs. C’est fort et c’est malin, l’agrandissement par le détail.

Mais ça à la limite, c’est ce qu’on peut voir à l’image. Une débauche de moyens, d’intelligence et de classe, un truc de vieux sioux qui sait ce qu’il fait, où il va, comment, pourquoi, etc. Qui se donne les moyens, par les images, de toucher à quelque chose de plus gros que ce qui était visé sur le papier.

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Dans le travail de l’image, il y a ce silence qui m’intéresse beaucoup, cette stupeur qu’on sent tout au long du film. Une scène en particulier me paraît représentative, la seule qui se déroule dans le désert. Des balles ennemies viennent de nulle part, frappent des corps et les abattent. Elles n’ont pas d’origine assignée. Certes au loin, on aperçoit des formes noires qui glissent le long des murs ou du sol, mais elle demeurent floues. On a beau tirer sur elle, les coups de feu ne parviennent que quelques secondes après les détonations, comme si les deux n’étaient pas liés. Cette désynchronisation frappe . Elle est nécessaire, au vu des distances séparant les assaillants, et en même temps elle déréalise la scène. Les coups de feu s’échangent dans la distance, sans qu’on puisse réaliser vraiment ce qui se joue. Ne résonnent plus que des détonations, qui se perdent en silence, ou frappent sans même qu’on s’en aperçoive. Fixer et shooter, fixer et shooter, cela n’entame pas l’épaisseur de l’image, qui demeure irréductiblement opaque. On n’est pas dans un jeu, c’est bien pire que cela. On est dans un lieu sans règle, ni d’espace, ni de temps. Ni mots ni visages pour faire la loi, il y a des formes qu’il faut ou non supprimer, plus ou moins rapidement, pour sauver sa peau. Toujours la même chose, sauver sa peau. Sauf que là, on ne voit pas trop pour quoi il faudrait au bout de compte la sauver. C’est là le hic, la stupeur fonctionne en vase communicant : mort de peur, on s’agrippe à ce qui reste de la vie. Stupeur de la mort qui approche, ou de la vie qui ne tient finalement à aucun fils. La situation paraît absurde, tragique.

Stupeur : « immobilité causée par un étonnement profond »

Una Semana Solos, de Celina Murga

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Ce film rappelle évidemment Nobody knows. Une bande de petits fils à Papa errent pour tromper l’ennui dans l’enceinte ultra-protégée de leur compound, en quête de bêtises.

Contrairement au film de kore Hida Hirokazu, on sent rapidement le regard critique et presque accusateur de la réalisatrice peser sur les jeunes pouces. Certes il est tempéré de temps à autre par un peu d’empathie, mais au final le tableau est sans appel. C’est sans doute pour cette raison que le film désempare : il relate en douceur la chronique d’un monde strictement hiérarchisé, dans lequel la violence paraît innée. Cette douceur a un je ne sais quoi de mélancolique, qui rend le film tendre et amer.

Bruno S.

J’ai revu récemment l’Enigme de Kaspar Hauser et La ballade de Bruno. Je ne peux m’empêcher d’être frappé par son regard tantôt stupéfait, tantôt émerveillé. Bruno est dans un état de sidération perpétuelle, ouvert sur le monde, à la merci des autres. Une mauvaise étoile plane au dessus de lui, qui le condamne chaque fois à l’errance et la disparition. Bruno, toujours, est contraint de recommencer. Il est lui-même un recommencement, chaque nouveau jour au monde comme pour la première fois. Il est rare de voir dans un film un protgoniste à ce point passif, dénué de jugement, et incapable d’actes. Son absence, sa poésie condamnent ce qui l’entoure, qui en retour l’ignore et le détruit.

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Un conte de Noël

Ce film me rend malade. J’en suis autant surpris que troublé. Je me dis qu’il y a forcément en lui quelque chose de fort, radical, subversif, pour que je réagisse aussi mal. Mais je ne le vois pas, et j’en sors diminué, mal, fatigué.

Un rythme insoutenable, faits de saccades, de coupes sèches, et d’accélérations brusques. Une narration contrariée, et en même temps augmentée par une tonne de tricks un peu maniérés. Une mise en scène poussive, ce qu’on trouvait déjà chez Roi et Reine mais de façon atténuée, tolérable, l’acteur/performeur qui fait son show. Almaric me fatigue, mais il n’y peut rien.

Tout cela me chagrine, je vois toujours ces adresses à la caméra (pas au spectateur), ces lettres dites plein cadre, tout cela dans “Comment je me suis disputé…” me touchait sincèrement. J’y décèle la boursouflure d’un film comme “Les deux Anglaises et le continent”, et cela m’attriste. Quelque chose s’est perdu, avec l’âge. Quelque chose s’est corrompu.

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Paysage à bascule - retour sur Les trois singes

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© Frederic delangle

Cette image m’évoque trés directement certains plans de 3 singes, ce film sur lequel je ne cesserai de revenir je pense, durant les prochains mois.

Prise entre la ville et l’eau, au bord de la voie ferrée, la barre d’immeuble choisie par Ceylan est symptomatique de l’état dans lequel constamment on retrouve les personnages. Un état précaire, caractérisé par la possibilité de changer brutalement. Au bord du gouffre, prêts à devenir quelqu’un autre, les personnages - pourtant - restent droits. Dans le même temps, le paysage imprime un vertige qui frappe l’oeil et l’aspire en quelque sorte. Il est à lui seul ce qui fait basculer les vies.